Risques psychosociaux au travail, les aidants premiers concernés

Risques psychosociaux au travail, les aidants premiers concernés

Un appel de l'auxiliaire de vie entre deux réunions, une nuit entrecoupée d'urgences, et le lendemain le salarié est à son poste. Pour les millions de Français qui cumulent emploi et aidance, les risques psychosociaux constituent une réalité silencieuse — et coûteuse.

Un appel de l’auxiliaire de vie entre deux réunions. Un message de l’hôpital pendant la pause déjeuner. Une nuit entrecoupée d’urgences, et pourtant, le lendemain matin, le salarié est là, à son poste, le sourire crispé. Pour les millions de Français qui cumulent emploi et rôle d’aidant, tenir relève souvent de l’exploit quotidien.

Ce que l’on mesure encore trop peu, c’est le prix psychologique de cette double vie. Les risques psychosociaux chez les salariés aidants constituent une réalité silencieuse, mais profondément coûteuse, pour les personnes concernées comme pour les organisations qui les emploient.

Pourquoi les aidants sont-ils particulièrement vulnérables aux RPS ? Que dit la loi ? Et comment passer à l’action, que l’on soit le salarié concerné ou l’employeur qui souhaite l’accompagner ? Voici les clés pour comprendre, et pour agir.

Salarié aidant en France : une réalité encore trop invisible

1 actif sur 5 cumule emploi et rôle d’aidant

La France compte entre 8 et 11 millions de proches aidants, dont 61 % exercent une activité professionnelle (France Travail, 2024). Soit environ 1 salarié sur 5 aujourd’hui, et 1 sur 4 d’ici 2030, selon les projections de l’OCIRP/Viavoice (2024).

Des profils variés, une pression commune

Derrière ce chiffre : le cadre qui accompagne son père atteint de la maladie d’Alzheimer, l’opératrice dont l’enfant est en situation de handicap, la responsable commerciale qui soutient son conjoint en chimiothérapie. Des situations très différentes, mais un silence presque universel : seuls 26 % des salariés aidants évoquent leur situation à leur employeur (OCIRP/Viavoice, 2024).

Pourquoi les salariés aidants sont sur-exposés aux risques psychosociaux

La double contrainte : entre charge mentale et conflit de rôle

L’INRS définit les RPS comme des situations de travail où coexistent stress chronique, épuisement et souffrance psychologique, nés d’un déséquilibre entre les exigences de l’environnement et les ressources disponibles pour y faire face.

Pour les salariés aidants, ce déséquilibre est structurel. Ils ne cumulent pas un travail et une contrainte ponctuelle : ils vivent en permanence sous deux systèmes d’exigences également incompressibles. Être pleinement disponible au bureau. Être pleinement disponible pour leur proche. Les deux, simultanément, sans espace de respiration.

C’est ce que les spécialistes appellent le conflit de rôle, et l’un des principaux facteurs reconnus de risques psychosociaux. Le manque de temps (cité par 39 % des aidants actifs) et la fatigue chronique (21 %) en sont les symptômes les plus immédiats (OCIRP/Viavoice, 2024).

Isolement, culpabilité, épuisement émotionnel

L’aidance comporte une dimension émotionnelle que le stress professionnel ordinaire n’a pas. La relation au proche est chargée d’amour, de loyauté, parfois d’un deuil anticipatoire difficile à nommer.

L’aidant avance sous le poids d’une double culpabilité permanente : est-ce que j’en fais assez pour mon proche ? est-ce que je suis suffisamment disponible au travail ? Cette injonction contradictoire génère une fatigue émotionnelle profonde, que les psychologues nomment épuisement compassionnel, bien distincte du burn-out professionnel classique.

47 % des salariés aidants déclarent que leur rôle pèse sur leur santé et leur moral, et 30 % se sentent déjà en difficulté professionnelle (OCIRP/Viavoice, 2024). La souffrance est là, bien avant la rupture visible.

💡 Pour aller plus loin : les mécanismes spécifiques du burn-out de l’aidant familial, et les signaux d’alerte à surveiller côté employeur, sont détaillés dans cet article elpyoo.

Le silence : premier facteur aggravant

Ce qui aggrave la situation, c’est le silence dans lequel elle se déroule. Moins d’un salarié aidant sur quatre évoque sa situation à son manager ou à ses RH (OCIRP/Viavoice, 2024). La peur d’être perçu comme moins fiable, moins engagé, moins “dans le jeu” est réelle, et compréhensible.

Or, ce silence est un facteur aggravant majeur. Il prive l’aidant de tout filet de sécurité organisationnel : aucun aménagement n’est possible si la situation reste invisible. La pression s’accumule, en silence, jusqu’au point de rupture.

Les conséquences pour l’entreprise : ce que les chiffres révèlent

Absentéisme et présentéisme : des impacts bien réels

Les risques psychosociaux des salariés aidants ont des effets directs et mesurables sur les organisations. Côté absentéisme : 51 % des salariés aidants se sont vu prescrire un arrêt maladie, contre 47 % pour leurs collègues non-aidants (Observatoire des Salariés Aidants, Malakoff Humanis, 2021). Et 83 % des actifs aidants estiment que leur rôle impacte concrètement leurs capacités professionnelles, concentration, mémoire, prise de décision (OCIRP/Viavoice, 2024).

Le présentéisme, présent physiquement, absent mentalement, est souvent encore plus coûteux, précisément parce qu’il est invisible dans les tableaux de bord RH classiques.

Des coûts cachés qui pèsent sur la performance collective

Le coût caché de l’aidance pour les entreprises françaises est estimé entre 24 et 31 milliards d’euros par an, absentéisme, présentéisme et turnover cumulés (Nathalie Chusseau, Université de Lille/LEM-CNRS, 2025). À l’échelle d’un salarié, cela représente environ 6 000 € de coûts cachés par an.

Un chiffre qui invite à recadrer le sujet : accompagner les salariés aidants n’est pas une dépense RH. C’est un investissement.

Ce que la loi impose aux employeurs face aux RPS

L’obligation générale de sécurité (article L.4121-1)

Prévenir les risques psychosociaux n’est pas une démarche facultative, c’est une obligation légale. L’article L.4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de “prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs”. Cette obligation s’étend explicitement aux RPS, comme le précise la réglementation de l’INRS : il revient à l’employeur d’évaluer ces risques et de planifier des mesures de prévention adaptées.

En pratique : si un salarié aidant présente des signes de souffrance psychologique et que l’employeur n’a pris aucune mesure, sa responsabilité civile, voire pénale, peut être engagée.

Les RPS dans le DUERP : une mise à jour qui engage l’employeur

Depuis la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, les RPS doivent figurer explicitement dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Identifier les salariés aidants comme un groupe à risque spécifique, évaluer leur exposition, prévoir des mesures adaptées : voilà ce que le législateur attend désormais des entreprises.

L’absence d’action ne constitue pas seulement un risque juridique. C’est aussi un signal fort envoyé à l’ensemble des équipes, sur ce que l’entreprise considère, ou non, comme important.

Prévenir les RPS des salariés aidants : les leviers concrets

Briser le silence : créer un cadre de confiance

Tout commence par la parole. 74 % des salariés aidants seraient favorables à la mise en place d’un référent aidant dans leur entreprise (France Travail, 2024). Ce chiffre dit une chose simple : les aidants veulent être reconnus, ils attendent que l’entreprise fasse le premier pas.

Concrètement :

  • Former les managers à détecter les signaux faibles d’épuisement (retards inhabituels, repli sur soi, baisse de concentration)
  • Communiquer régulièrement sur les dispositifs d’aide disponibles
  • Créer des espaces d’échange confidentiels, sans jugement ni conséquence sur l’évaluation

Pour les aidants eux-mêmes : parler de sa situation, même à une seule personne de confiance dans l’entreprise, est souvent la première étape pour sortir de l’isolement.

Aménagements du travail et soutien individualisé

Des leviers concrets existent pour alléger la charge mentale au quotidien :

  • Flexibilité : télétravail, horaires aménagés, possibilité de gérer les urgences sans poser une journée complète
  • Soutien psychologique : accès à un psychologue du travail ou à une ligne d’écoute dédiée
  • Congé de proche aidant : jusqu’à 3 mois renouvelables, accompagné de l’Allocation Journalière du Proche Aidant (AJPA)
  • Accompagnement individuel : aide à la structuration de la situation à domicile, coordination des intervenants

Ces mesures ne nécessitent pas toujours des budgets importants. Elles demandent avant tout une volonté politique claire de la direction.

Construire une politique aidants intégrée dans la stratégie RH

Les entreprises les plus avancées sur ce sujet adoptent une approche systémique, structurée autour de quatre étapes :

  1. Diagnostiquer : mesurer la réalité de l’aidance dans les équipes via un baromètre anonyme
  2. Sensibiliser : former managers et direction aux enjeux des RPS liés à l’aidance
  3. Accompagner : déployer des solutions adaptées pour chaque salarié identifié
  4. Évaluer : mesurer l’impact des actions dans le temps pour ajuster la stratégie

C’est précisément cette approche en 4 temps que propose elpyoo aux entreprises, du diagnostic initial à l’accompagnement continu de chaque salarié aidant.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un risque psychosocial au travail ?

Les risques psychosociaux (RPS) désignent des situations susceptibles de porter atteinte à la santé physique et mentale des salariés. Selon l’INRS, ils regroupent le stress chronique, les violences internes ou externes et l’épuisement professionnel. Ils naissent d’un déséquilibre entre les contraintes de l’environnement de travail et les ressources dont dispose le salarié pour y faire face.

En quoi un salarié aidant est-il plus exposé aux RPS qu’un autre collègue ?

Le salarié aidant cumule deux systèmes d’exigences simultanés, son travail et son rôle auprès d’un proche, sans pouvoir réellement déconnecter de l’un ou de l’autre. Cette double contrainte génère un conflit de rôle permanent, une charge mentale accrue et un épuisement émotionnel spécifique (épuisement compassionnel) qui le rendent particulièrement vulnérable aux risques psychosociaux au travail.

L’employeur a-t-il une obligation légale vis-à-vis des salariés aidants ?

Oui. L’article L.4121-1 du Code du travail impose à tout employeur de protéger la santé physique et mentale de ses salariés, ce qui inclut les RPS. Depuis la loi du 2 août 2021, ces risques doivent figurer dans le DUERP. Les salariés aidants peuvent être identifiés comme un groupe à risque spécifique, et l’absence de mesures concrètes peut engager la responsabilité de l’employeur.

Comment détecter qu’un salarié aidant souffre de RPS ?

Les signaux sont souvent discrets : absences répétées, baisse de concentration, repli sur soi, irritabilité inhabituelle, fatigue chronique visible. La difficulté est que l’aidant parle rarement de sa situation spontanément. Former les managers à ces signaux faibles et créer un cadre bienveillant propice à la parole est indispensable pour une détection précoce.

Quelles solutions concrètes existent pour accompagner les salariés aidants en entreprise ?

Plusieurs leviers sont actionnables : flexibilité horaire, télétravail, soutien psychologique, formation des managers, mise en place d’un référent aidant, recours au congé de proche aidant. Au niveau stratégique, des plateformes spécialisées comme elpyoo permettent de déployer une politique aidants complète et mesurable, du diagnostic initial à l’accompagnement individualisé de chaque salarié concerné.