L'aidant familial a-t-il le droit à la retraite anticipée ?

L'aidant familial a-t-il le droit à la retraite anticipée ?

Pas de retraite anticipée au seul titre d'aidant, mais des compensations concrètes (AVA, taux plein à 65 ans, trimestres de majoration). Ce que les RH doivent savoir pour informer et protéger leurs collaborateurs.

1 salarié sur 5 est aujourd’hui un aidant familial (Observatoire des Salariés Aidants, Malakoff Humanis). Derrière ce chiffre se cache une réalité souvent silencieuse : des collaborateurs qui jonglent chaque jour entre leurs responsabilités professionnelles et l’accompagnement d’un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap.

Parmi les questions que ces salariés, et leurs responsables RH, se posent rarement à temps : que devient la retraite quand on est aidant ? A-t-on le droit à un départ anticipé ? La réponse est nuancée — et c’est précisément pour cela qu’elle mérite d’être clarifiée pour vos équipes.

La retraite anticipée pour aidants familiaux : la vraie réponse

Ce que recouvre vraiment la “retraite anticipée”

En France, la retraite anticipée pour carrière longue permet de partir avant 64 ans lorsqu’on a commencé à travailler tôt et accumulé un nombre suffisant de trimestres cotisés. C’est un droit conditionné à des cotisations effectives, et c’est là que le bât blesse pour les proches aidants.

Car accompagner un proche signifie souvent réduire son activité professionnelle, prendre un congé de proche aidant, voire cesser temporairement de travailler. Autant de périodes pendant lesquelles les cotisations ralentissent ou s’arrêtent.

Aidant familial : ni retraite anticipée, ni droits sacrifiés

Il n’existe pas de dispositif permettant à un aidant familial de partir à la retraite avant l’âge légal au seul titre de son rôle d’aidant. C’est un point important à clarifier pour vos collaborateurs, et pour vous, en tant qu’employeur ou RH.

En revanche, le système de retraite prévoit des compensations spécifiques, moins médiatisées, mais bien réelles, pour limiter l’impact de la période d’aidance sur les droits futurs. Voici les trois mécanismes essentiels à connaître.

Les 3 droits retraite concrets des salariés aidants

L’Assurance Vieillesse des Aidants (AVA) : des trimestres sans cotiser

C’est la nouveauté phare de la réforme des retraites 2023. L’Assurance Vieillesse des Aidants (AVA) permet de valider des trimestres de retraite sans cotiser, pendant les périodes où l’on réduit ou cesse son activité pour aider un proche. Elle concerne les salariés du privé, les travailleurs indépendants et les conjoints collaborateurs.

Pour en bénéficier, le salarié doit remplir l’une de ces conditions :

  • Être en congé de proche aidant, indemnisé via l’AJPA ou non ;
  • Avoir à charge un enfant en situation de handicap (taux d’incapacité ≥ 80 %, ou entre 50 et 79 % avec complément AEEH ou PCH) ;
  • Accompagner un adulte handicapé dont le taux d’incapacité est ≥ 80 % et reconnu par la CDAPH comme nécessitant aide ou présence.

Les trimestres validés via l’AVA peuvent compter pour la retraite anticipée carrière longue, dans la limite de 4 trimestres sur l’ensemble de la carrière. À noter : l’affiliation pour congé de proche aidant est limitée à 1 an sur toute la carrière.

Source : La retraite en clair

La retraite à taux plein à 65 ans au lieu de 67

Sous conditions, un aidant familial peut bénéficier de sa retraite à taux plein dès 65 ans, soit deux ans avant l’âge de taux plein automatique fixé à 67 ans pour ceux qui n’ont pas leur nombre de trimestres requis. Pour cela, le salarié doit avoir cessé totalement son activité professionnelle pendant au moins 30 mois consécutifs pour venir en aide à une personne handicapée. Des conditions complémentaires s’appliquent selon le lien avec la personne aidée et les aides dont elle bénéficie (PCH notamment).

Ce droit s’applique également à la retraite complémentaire Agirc-Arrco, un avantage concret pour les salariés du secteur privé.

Source : Info Retraite, Aidant familial d’un adulte handicapé

Les trimestres de majoration pour prise en charge d’un proche handicapé

Pour chaque période de 30 mois de prise en charge permanente d’un adulte handicapé (taux d’incapacité ≥ 80 %), un trimestre supplémentaire est accordé, dans la limite de 8 trimestres au total. Ces trimestres sont entièrement cumulables avec d’autres majorations existantes (enfant handicapé, congé parental…). En revanche, point crucial —, ils ne sont pas pris en compte pour l’ouverture du droit à la retraite anticipée pour carrière longue.

En clair : ils améliorent les conditions de départ et compensent une carrière fragmentée, mais ne permettent pas de partir avant l’âge légal.

Source : Info Retraite, Aidant familial d’un adulte handicapé

💡 À noter : une personne ayant élevé un enfant handicapé puis continué à le prendre en charge à l’âge adulte peut cumuler jusqu’à 24 trimestres de majoration au total, si toutes les conditions sont réunies.

Pourquoi ces droits concernent directement les employeurs

Des salariés qui sacrifient leur retraite en silence

Ces droits ne s’appliquent que si les conditions sont remplies, et si les démarches sont effectuées. Or la réalité est souvent tout autre : les aidants ne savent pas qu’ils y ont droit, ne font pas les demandes, et subissent des ruptures de carrière sans en mesurer les conséquences sur leur future pension.

1 salarié sur 3 seulement ose parler de sa situation en entreprise (Etude OCIRP/Viavoice 2024, “Salariés aidants : quelles réponses ?”). Autrement dit : la majorité des aidants traversent cette période seuls, sans information, sans accompagnement, sans anticiper l’impact sur leur retraite.

Un enjeu RH trop souvent invisible

Pour l’entreprise, les conséquences sont doubles. D’un côté, un salarié aidant en difficulté génère en moyenne 6 000 € de coûts cachés par an, absentéisme, perte de productivité, turnover (N. Chusseau, “Les coûts cachés des aidants pour l’entreprise” ; Etude OCIRP/Viavoice 2024). De l’autre, 1 aidant sur 3 sans emploi a dû démissionner à cause de sa situation, avec des conséquences directes sur ses droits retraite futurs (Baromètre Interfacia “Aider et travailler” 2023).

98 % des salariés aidants attendent une action concrète de leur entreprise (Baromètre Interfacia “Aider et travailler” 2023). Un signal fort que les employeurs ont tout à gagner à s’emparer du sujet.

Le rôle de l’employeur : informer, accompagner, protéger

Connaître les droits de ses salariés aidants, un premier pas décisif

L’employeur n’a pas vocation à se substituer aux caisses de retraite. Mais il a un rôle réel à jouer : identifier les collaborateurs aidants, les orienter vers les bons dispositifs, et aménager les conditions de travail pour éviter les ruptures de carrière subies.

Informer un salarié aidant de l’existence de l’AVA ou du droit à la retraite à taux plein à 65 ans, c’est déjà un acte fort. C’est lui permettre de préserver ses droits, tout en restant en emploi et en contribuant à la performance collective.

Mettre en place une politique RH structurée autour de l’aidance, c’est aussi réduire l’absentéisme, fidéliser les talents et renforcer la marque employeur. Les entreprises qui agissent en ce sens ne sont plus dans la charité, elles sont dans la stratégie.

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Questions fréquentes sur la retraite des aidants familiaux

L’aidant familial peut-il partir à la retraite avant 62 ans ?

Non, il n’existe pas de dispositif de retraite anticipée spécifique au statut d’aidant familial permettant un départ avant l’âge légal. Le seul mécanisme qui peut jouer est la retraite anticipée pour carrière longue, mais les trimestres de majoration liés à l’aidance ne sont pas pris en compte pour ce critère. Un salarié aidant ayant suffisamment cotisé avant sa période d’aidance peut toutefois en bénéficier, indépendamment de son rôle d’aidant.

Le congé de proche aidant impacte-t-il la retraite ?

Oui, mais de façon protégée depuis la réforme 2023. Le congé de proche aidant ouvre droit à l’Assurance Vieillesse des Aidants (AVA), qui permet de valider des trimestres sans cotiser. Cette affiliation est limitée à 1 an sur l’ensemble de la carrière. Les trimestres validés peuvent être comptabilisés pour la retraite anticipée carrière longue, dans la limite de 4 trimestres. (La retraite en clair)

Combien de trimestres peut gagner un aidant familial ?

Un aidant qui prend en charge de façon permanente un adulte handicapé (taux ≥ 80 %) peut obtenir jusqu’à 8 trimestres de majoration, à raison d’un trimestre par tranche de 30 mois. Ces trimestres sont cumulables avec d’autres majorations. Dans certaines situations (enfant handicapé suivi jusqu’à l’âge adulte), il est possible d’atteindre 24 trimestres de majoration au total.

Que peut faire un employeur pour protéger la retraite de ses salariés aidants ?

L’employeur peut agir à plusieurs niveaux : sensibiliser les salariés aidants à leurs droits, faciliter l’accès aux congés dédiés (congé de proche aidant, AJPA), et aménager les conditions de travail pour éviter les ruptures de carrière non choisies. Des plateformes spécialisées permettent de structurer cette démarche de façon anonyme et concrète. Découvrez comment elpyoo accompagne vos équipes →